Au bout d'un quart d'heure, le temps nécessaire pour faire un rapide état des lieux, me voilà debout. Une douleur, comme une brûlure, me déchire le côté gauche depuis la chute. Le fait de me relever me fait immédiatement voir 36 chandelles.
Je m'appuie contre un arbre, tentant de trouver une respiration la moins douloureuse possible. Mais le feu irradie à présent jusque dans la poitrine. Douleurs en aiguilles, sensations d'être poignardé.. après tout que sais-je ? Je ne l'ai jamais été alors pourquoi cette expression ??
Et le chien qui n'arrête pas de me sauter autour !! Pourtant, on voit bien là que l'heure n'est plus à jouer ! Mais je n'ai pas le courage de me mettre à hurler sur lui...
Doucement, tout doucement, je reprend ma descente, la plus pénible de ma vie me semble-t-il, mais rien n'est simple, cette douleur qui m'empêche de respirer, un bon mal de dos aussi, et la peur d'une seconde chute me ralentissent quelque peu.
Je pousse mon portail à 10 heures et quart, doublé par des chiens joyeux et bondissants, rejoignant la porte d'entrée avec entrain, bavant presque, tant la perspective de leurs biscuits les attire. Oh et puis zut ! Tant pis pour le courrier, je le prendrais plus tard, j'ai bien mérité de rentrer me mettre au chaud à la maison !
A peine la porte passée, ma tante me gratifie d'un : "- Hannnnn ! Mon DIEU !!! Mais dans quel état tu es !!!!!"
Crevé, n'ayant pas envie de rentrer dans les détails de ma stupide chute, et quelque peu honteux qui plus est, d'autant que parler m'est douloureux pour le moment, je lâche juste, dans un souffle : " - Tombé. Gamelles d'eau. Biscuits. Canapé. Merci.".
Moi même je n'aurais rien compris à ces mots. Pourtant, ma tante a changé les gamelles d'eau des chiens, leur a donné leurs biscuits, avant de venir me rejoindre sur le canapé, et de me poser un tas de questions.
Après lui avoir fait le récit complet de ma mésaventure, et avoir recommencé pour Yvan, lui aussi inquiet, eux aussi font un rapide état des lieux, m'engueulant au passage de ne jamais prendre sur moi ce satané téléphone mobile. D'ailleurs, où avais-je bien pu le mettre encore ?? Bonne question. Comme si un téléphone portable aurait pu m'empêcher de chuter ! Au secours téléphone, je tombe rattrape moi !
C'est moi qui suis tombé. Pourtant, ce sont eux qui s'affairent tout autour de moi, qui s'affolent, comme si j'étais rescapé d'une terrible avalanche. Tant bien que mal, je parviens tout de même à les calmer et à les faire patienter un peu.
En réalité, jusque midi et demie, heure à laquelle, pour couronner le tout, Vanessa arrive, toute heureuse de sa bonne surprise, nous expliquant que son père, Oh miracle, a bien voulu la déposer. Quand elle me voit, elle prend la même allure que ma tante et, pour la troisième fois, je conte le récit de ma mésaventure. Mais tout le monde s'inquiète que je ne sois pas encore relevé de ce fichu canapé. Pire, mais je ne m'aventure pas trop à le signaler, mais plus on avance dans le temps, et bizarrement, plus j'ai mal...
Vanessa, dont on se demande parfois de quel côté elle est, achève d'inquièter le monde en rappelant qu'il y a 5 ans, lors de ma fracture du péroné, j'avais fait la route à pied, de la Côte à chez ma mère, avec l'aide de Lilie. Selon eux, si je ne suis pas sur pied, c'est que c'est donc forcément plus grave. Dans la famille, dès que l'un d'entre nous se couche, tout le monde s'inquiète beaucoup, faut dire que ça n'arrive pas souvent !
Ma tante propose donc de ..."me descendre a l'hopital des urgences" ( mignonne petite expression que voilà ! ). Ce que je refuse énergiquement. Pour y perdre la journée ? Alors que mes deux jambes et mes deux bras fonctionnent ? Alors là, pas question !!
Ma tante exige alors de faire au moins venir le médecin. Ce que je refuse également. Attendre toute une journée, pour au final être envoyé faire des radios à la clinique, ça revient au même, voir pire !! Ma tante, que l'inquiètude, qui pourtant n'a pas lieue d'être en cet instant, rend beaucoup moins patiente, voit rouge :
" - Quelle tête de cochon !!! T'es comme ton grand-père, têtu comme une bourrique !!!!" Ce que je prend évidemment comme un compliment.
Comme tout le monde y va de sa petite hypothèse et de sa petite anecdote, comprenant que, quoi que je fasse, je n'y couperais de toute façon pas, et afin de les rassurer, j'accepte d'être conduit aux urgences de la clinique, où ce sera bien plus rapide à mon goût qu'à l'hôpital. Et je dois bien avouer que j'ai toujours un peu honte de faire perdre leur temps aux urgentistes de l'hôpital quand justement, il n'y a rien de bien urgent.
Vanessa semble surexcitée à l'idée d'aller aux urgences, vraiment la journée prend une tournure à laquelle elle ne s'attendait pas ! Sur le moment, je ne la comprend pas vraiment, mais enfin bon !
Un peu plus d'une heure et demie. C'est le temps que j'ai mis à m'habiller, à me chausser et à préparer mes papiers. Aidé fort heureusement par Vanessa. Nous constaterons ensemble mon côté gauche déjà bleu marine et mon épaule de même. Mais je la rassure, ça n'est qu'un bleu, l'épaule bouge bien et n'est pas douloureuse. La radio confirmera..
Il faut aussi compter dans ce temps, celui que je met à descendre et surtout à me hisser dans le 4x4. Et nous mettons le double pour descendre jusqu'à la clinique, puisque nous roulons à une vitesse de 15 km/h en moyenne, chaque nid de poule étant en plus un supplice ( Le lendemain, j'aurais ma mère au téléphone, qui me dira : "j'ai vu le 4x4 passer hier, mais comment ça se fait que vous rouliez aussi doucement, il est cassé ??").
En arrivant, je sors mes papiers, explique à nouveau ma mésaventure et la dame se montre compréhensive. Et, comme la salle est presque vide, et que, me dit-elle avec un petit clin d'oeil ( ?? ), l'incident date de ce matin, elle fait venir quelqu'un tout de suite. Effectivement, je n'ai pas le temps de m'asseoir ( ce qui m'aurait été difficile, car j'ai principalement mal au dos ), qu'une docteresse arrive et m'invite à la suivre. J'explique à nouveau la petite affaire, elle m'ausculte, me dit qu'il vaudrait mieux que je me déshabille.Je lui explique ma situation, mon underworks que, dans l'état actuel des choses, je me voie vraiment très mal retirer ( et qui en fin de compte, me soulage beaucoup, ce qui fait que je ne le retire plus pour le moment ). Elle fait preuve de beaucoup de compréhension, et, sans m'asticoter plus longtemps, m'envoie en radiologie. Et cette fois-ci, pour attendre, j'attend ! C'est plein !!
C'est enfin mon tour, je suis "photographié" dans tous les sens, tant et si bien qu'en sortant, j'ose blagguer en disant à Vanessa que je suis certain de m'illuminer dans le noir ce soir tant je suis devenu radioactif. Pour excuse, la piqure d'anti-douleur devait déjà faire bien son effet... Retour à la salle d'attente des urgences en attendant le compte rendu. Et c'est là que je vais attendre le plus longtemps, debout qui plus est. Vanessa sympathise immédiatement avec un bébé d'environ deux ans, qui a une énorme bosse sur le front, que ça n'a pas vraiment l'air de déranger outre mesure. C'est que je commence à avoir un creux moi !
Un départ à la boulangerie de la part de Vaness, et deux parts de pizza plus un croissant plus tard, avec évidemment, un café et une cigarette devant la clinique, c'est enfin à nouveau mon tour, il est presque 18 heures..... Autant dire que finalement, j'aurais perdu tout autant de temps aux urgences de l'hopital, mais enfin, ici au moins, j'ai moins l'impression de déranger avec mes petits bobos qu'à l'hopital, je ne sais pourquoi.
Je ressors enfin de la clinique à 18h30 environ, avec une ordonnance d'anti-douleur que nous prenons immédiatement dans la première pharmacie que nous croisons. Pour bilan de la petite histoire, j'ai des hématomes un peu partout, rien de bien méchant donc, je me suis tout de même cassé ou fêlé, la docteresse ne parvenant pas à voir clairement les clichés nous a-t-elle indiqué, 3 côtes, et pour le dos, rien de méchant, j'ai mal à cause du choc et voilà tout.
En rentrant chez moi, alors que Vaness appelle son amie Naïs pour lui indiquer que nous n'irons pas fêter la St Sylvestre chez elle ( nous le ferons tranquillement chez moi et puis tant pis ! ), je prend 4 comprimés d'anti-douleur, doublant immédiatement la dose prescrite par la docteresse ( à mon goût, elle ne s'est jamais cassé trois côtes ! ) et je monte me coucher. Fatigué, extrêmement contrarié, et endolori.
Moralité de la petite histoire : Si tout en haut de la forêt tu veux grimper, sois prudent est attend que ça soit déneigé. Tout le monde sait qu'avec la montagne il ne faut jamais jouer ! Et moi, je vais peut-être diminuer ma dose de calmants là !!!

